Six heures trente du matin, sur le quai de la gare de Lyon. On se retrouve en tête de train pour un week-end au festival du court-métrage de Clermont Ferrand, avec pour projet de voir des films et de réaliser un reportage sur les réalisateurs. La bourse Mercoeur du centre d’animation subventionne notre atelier vidéo pour l’aventure. On est tous éparpillés dans le train. Après une discussion avec le contrôleur, on se retrouve dans le dernier wagon où on a plus de place qu’il nous en faut ! Six heures quarante-cinq, on monte dans le train, deux personnes qui doivent partir avec nous ne sont pas encore là. On ne sait pas où ils sont ! J’appelle Pascal, le répondeur m’indique « Le numéro demandé n’est pas attribué ». Me voilà bien ! Six heures cinquante, Pascal et Allison nous rejoignent. Sept heures cinq, le train part, deux personnes – dont moi, j’avoue ! – s’écroulent dans les bras de Morphée pour rattraper leur nuit de sommeil. Le réveil se fait au milieu de paysages enneigés, un régal pour des parisiens qui n’ont pas vu la neige depuis belle lurette. Arrivés à Clermont Ferrand, notre hôtel est en face de la gare, quelle bonne surprise ! Un seul hic : nous avons demandé des chambres doubles et dormir à deux dans un seul lit ne tente personne dans notre équipe ! Heureusement, on réussi à échanger les chambre « doubles » contre des chambres « twins », c’est-à-dire à deux lits, comme si seuls les anglophones souhaitaient dormir dans des lits séparés !
Onze heures. On prend le tramway pour la Maison de la culture et on achète 30 places de ciné pour 56 euros. On nous donne un volumineux programme mais il n’y en a qu’un seul et il n’est pas très facile de s’y repérer pour choisir ! Treize heures. Une bonne côtelette de bœuf chacun plus tard, on se décide à … entrer dans la salle le plus proche pour voir la sélection L1. Pauline a eu la bonne idée d’acheter le journal local, La Montagne, qui donne ses critiques sur la sélection de courts-métrages. L1 est « A voir obligatoirement ». Nous décidons donc d’aller voir cette sélection.
Guedro a quelques effets amusants au début mais on ne comprends pas bien le propos réel du film. Sushi Japan me fait bien rire avec les mimiques des japonais qui remuent les papilles en dégustant en cœur des sushis. J’ai beaucoup aimé Renifleur où tous les hommes sont forcés de porter des chaussures de plomb et de s’attacher dans leur lits pour éviter de se retrouver collés au plafond. Jusqu’au jour où l’un d’entre eux prend la décision insensée d’enlever ses chaussures pour s’envoler. N’est-il pas vrai que nous nous lestons nous aussi de choses lourdes alors que nous aspirons à la légèreté ? Raymond clos le programme. C’est l’histoire d’un homme cobaye qui subi toutes sortes de mouvements en laboratoires censés lui améliorer la vie, une histoire pétillante et drôle. On décide alors d’aller voir des films sur les supers héros, mais la salle est au complet, c’est le succès ! Seize heures. Nous nous installons dans la salle « Petit vélo » pour regarder la sélection F11. En suspens est un beau travail graphique, il ne manque qu’une chose, une histoire. On a tous (toutes) quelques chose de Clémence Karantec nous raconte comment une femme célibataire fantasme en voyant des hommes nus partout. C’est une vision pleine d’humour de la solitude. Une histoire parmi tant d’autres est un film touchant sur un adolescent qui a tout pour être heureux, cependant il est hémophile et son sang est contaminé. C’est joué par un acteur formidable. Je suis une voix nous incite à voter avec une voix off qui débite un discours pédagogique appuyé, inutile d’aller voir le film mais allez voter ! On finit par Changement de propriétaires, avec quelques moments drôles mais trop long. La salle n’est pas chauffée. En sortant, on se précipite pour acheter gants, bonnets et chaussettes. Pas besoin d’aller faire les soldes, à Clermont, les prix sont imbattables ! Il est dix-huit heures et on a enchaîné la projection de films toute la journée. Pourtant, on a encore rien fait pour notre reportage. La nuit tombe déjà. Nous avons juste un contact avec un réalisateur qui arrive ce soir à Clermont Ferrand. On se précipite vers le marché du film mais il vient de fermer et il n’ouvre pas le dimanche ! Comment faire pour trouver ces perles rares : les réalisateurs ? Ils n’ont pas de badge avec leur nom, pas de pins avec un clap sur le revers de leur veston, pas de pellicules 35 MM sur la tête, pas non plus de lumière diffuse autour d’eux qui leur donnerait un visage d’ange et nous, on part demain. Alors ? Voilà qu’en regardant de plus près le programme dont on avait tant critiqué la mise en page, je vois qu’on y trouve tous les numéros personnels des réalisateurs ! Vous imaginez ? Aller au cinéma et avoir le numéro du réalisateur vendu avec le billet : « Allo, Spielberg, c’est moi, quand est-ce qu’on se prend un café pour parler de ton dernier film ? » Ca fait tilt ! Allison se lance pour appeler un réalisateur dont nous avons aimé le court métrage afin de lui proposer de l’interviewer. Elle tombe sur un répondeur et laisse un message modeste, on est un « petit groupe », « débutant dans l’audiovisuel ». Isabelle continue les appels, répondeur encore, elle choisit le ton marketing : « on a un blog, c’est un moyen de communication moderne qui donnera une audience au travail du réalisateur ». A mon tour ! Emballée par le culot de mes camarades, il me faut bien m’y mettre moi aussi ! Je bafouille sur le répondeur d’un troisième réalisateur que « j’ai été très touchée par le film ». Pascal arrive enfin à joindre un réalisateur qui est d’accord pour nous retrouver. Pas à Clermont, à Paris ! Nous voilà bien avancés ! Mais fiers d’avoir tenté l’aventure. Au fil des heures, les réalisateurs nous rappèlent. Les rendez-vous sont prévus pour dimanche matin dix heures. Il va falloir se lever tôt, dur dur ! Vingt heures. On se refait une séance de ciné ? Je suis sur les genoux mais bien forcée de me plier au dynamisme de l’ensemble du groupe ! Nous voilà à la sélection I3, des courts-métrages internationaux. Putot est un jeune Malaisien qui vit avec son père. L’image est belle, l’environnement exotique, mais le scénario et les relations entre les personnages ne sont pas claires. Negaton est rempli d’images bien faites, mais gadgets, avec un affrontement à la Goldorak. Le problème de l’avenir de la terre est traité de façon naïve et maladroite. La mort de la jeune fille est touchante. Une famille atomisée nous relate que, pendant que les ogives nucléaires nord-coréennes fusent vers le sud, des tas de choses horribles arrivent à une charmante famille : l’héroïne, une femme d’une quarantaine d’année, voit sa mère se suicider sous ses yeux, puis sa fille tombe et se tue. L’héroïne massacre alors la maîtresse de son mari et enfin son fils meurt ! Au début, on est un peu perdu, puis on finit par se laisser emporter par cet humour bien noir à la coréenne.
Vingt-deux heures. Tandis que deux courageuses du groupe se font encore une séance ciné, on retourne en tramway à notre hôtel. L’arrêt « Premier mai » est déclamé par la voix mécanique du tramway. C’est là qu’on devrait descendre. Trop amusés à regarder les photos du jour, nous continuons tranquillement notre chemin et nous moquons d’une pauvre femme qui hurle contre le chauffeur car elle a manqué son arrêt. C’est pas à nous que ça arriverait ! Ben si ! On descend tout de suite, on s’est trompé ! Chanceux que nous sommes, on trouve tout de suite un tramway qui nous ramène dans l’autre sens…
Le lendemain matin, on avait décidé de partir à neuf heures. On finit par partir à neuf trente pour s’apercevoir que l’on a manqué le tramway et l’on se dépêche de partir à pied à la Maison de la culture, s’excusant auprès de notre premier rendez-vous avec une réalisatrice pour notre retard. Finalement, on a arrive à l’heure ! On interviewe trois réalisateurs dont les reportages seront prochainement sur le blog. Nous sommes séduits par leur générosité, passionnés par leur fougue, intéressés par ce qu’ils nous apprennent.
Pendant ce temps, à la Maison de la culture, une « Rencontres réalisateurs – public » est organisée. C’est une occasion pour en apprendre plus sur les conditions de production. Marie Vermillard et Yvon Marciano n’en sont pas à leurs premiers courts-métrages. Ils nous expliquent que leur court a été préacheté par des chaînes. Pourtant, Petites révélations de Marie Vermillard est un film d’une heure composé de plusieurs histoires qui n’ont pas de lien scénaristique entre elles. On aurait pu s’imaginer qu’aucune télévision ne veille s’engager sur ce projet. Mais il y a en France des conseillers de programme qui aiment prendre des risques ! (France 2 en l’occurrence) Alors avis aux amateurs ! La productrice raconte qu’elle a voulu porter ce projet car elle aime particulièrement l’univers de la réalisatrice et qu’elle connaît bien son travail. Le réalisateur de J’aime, lui, a carrément eu une commande de court métrage de la part d’une chaîne de télévision ! Pour Arnaud Gautier, c’est différent. La région Nord Pas de Calais donne de l’argent aux associations quand le réalisateur du court métrage habite cette région. Le film a donc été produit par une association et un producteur belge. Il s’est tourné en HD sans autorisation de tournage. Le réalisateur a réécrit le scénario en s’inspirant des improvisations faites avec les actrices. Au départ, il voulait faire un film sur une première expérience sexuelle, mais il a renoncé quand l’actrice lui a expliqué qu’à dix-neuf ans, les adolescentes de sa génération n’en étaient plus à leur première fois !
Treize heures. Une séance courts métrages français. Le blatte bus, un film d’animation enlevé, me fait voir mes ennemis les cafards sous un autre jour, comme des gens aventureux capables de prendre des risques ! Petite révélations est une série de scènes très courtes de moments forts de la vie, une jeune fille croise une vieille amie à la caisse du supermarché mais elles n’arrivent pas à se parler, une homme se jette sur une voiture en hurlant qu’il veut se suicider…On aimerait en savoir plus sur leurs histoires ! La vie d’Anaïs raconte la vie de post-ado d’une jeune fille qui s’aperçoit que son copain la trompe et qui soutient son père dans ses difficultés au travail, c’est réaliste et bien joué.
Puis on a vu d’autres films que j’ai oublié. Dans l’ensemble, j’ai été étonnée qu’il y a peu de comédies. Beaucoup de films sont tristes, sombres. En général, le principal souci des courts métrages est que le propos de l’auteur n’est pas clair, les relations entre les personnages non plus, enfin, il manque un scénariste compétent au film. La bonne surprise, c’est les films « labos » qui sont souvent visuellement inventifs.
Il est dix-neuf heures, fatigués et contents, on s’apprête à partir ! Farid ne trouve plus son billet de train ! Il l’a pris sur internet. Cependant à la gare, on ne peut pas lui imprimer comme on peut le faire à Paris. A l’hôtel, dans la salle d’attente, une splendide portable dernier cri trône en ventant la possibilité d’avoir le Wifi sur place. Pourtant, on n’a pas le droit de s’en servir. Nous voilà bien avancés. Isabelle a alors l’idée oh combien géniale de me demander si Farid ne m’aurait pas hasard donné son billet retour (car j’ai gardé les billets aller au cas où la MJC nous les demande comme preuve qu’on a bien utilisé sa subvention). Eh oui, j’ai son billet !
Quelques jours plus tard, première projection des rushes des interviews des réalisateurs. On voit le micro et la perche dans le champ ? Au moins, cela prouve qu’on a du matériel, ça fait riche ! De nombreux zooms avant et arrière inutiles ? Le caméraman avait sans doute besoin de se dégourdir les doigts car il faisait froid, faut comprendre ! La caméra HD était mise en 16/9e, on a donc une image qui ne sera pas compatible avec nos autres images pour le montage ? Oui, cela prouve qu’on a de l’ambition, être sur de très grands écrans ! Et maintenant, « A l’abordage ! », euh…, au montage !